Prologue · ~2000 av. J.-C.
Chapitre 19La Bonne Nouvelle
ProloguePrologue · L'Alliance d'Ibrahim AS
Chapitre 19

La Bonne Nouvelle

7 minVersion adulte~2000 av. J.-C.

Treize années s'étaient écoulées depuis le jour où avait laissé le nourrisson et sa mère sous le chêne sauvage de la vallée sans culture. À Hébron, les pluies d'hiver avaient creusé de nouvelles rigoles dans le calcaire, et les citernes s'étaient remplies et vidées sans que le visage d' ne reparaisse sous la tente. Parfois, des caravaniers venus du sud parlaient d'une source qui avait jailli au milieu des pierres noires, et d'un garçon qui grandissait parmi les nomades de , apprenant leur langue et tirant à l'arc. écoutait ces récits sans mot dire, les mains posées sur ses genoux osseux. Il avait quatre-vingt-dix-neuf ans.

Les troupeaux de moutons paissaient lentement sous la garde des bergers dans les terres hautes de Canaan, là où les chênes de Mambré étendent leur ombre noire sur le sol pierreux. Au-delà des crêtes arides, la plaine du Jourdain s'enfonçait vers la mer de sel, là où demeurait désormais parmi les cités de bitume. , elle, restait stérile sous sa tente de laine noire, et ne comptait plus les lunes arides.

Le jour était à son sommet. La chaleur de midi écrasait les collines, faisant vibrer l'air au-dessus des cailloux blancs comme au-dessus d'un four à briques. Les moutons s'entassaient la tête basse sous l'ombre rare des chênes, leurs flancs battant à un rythme rapide. était assis à l'entrée de sa tente, le dos appuyé contre le montant de bois.

plissa les yeux vers la crête. Quelques instants plus tôt, il n'y avait personne sur la ligne de calcaire blanc. Puis, soudain, trois silhouettes marchaient déjà dans la lumière vibrante, descendant la pente d'un pas régulier.

se redressa, la main s'appuyant sur le bois de la tente. Les étrangers avançaient d'un pas régulier sous le soleil vertical. Leurs tuniques de lin gardaient un blanc parfait, comme au sortir d'un coffre. Leurs pieds glissaient sur la piste sèche sans y laisser de trace, et leurs yeux clairs affrontaient la réverbération de la roche avec une immobilité presque minérale.

courut à leur rencontre, ses sandales claquant sur la pierre. Il s'inclina devant eux, la paume sur la poitrine.

— Salam, dit-il.

— Salam, répondirent-ils d'une voix qui résonna sans effort dans la vallée vide.

les guida sous l'ombre du grand chêne de Mambré. Il fit apporter une jatte de plâtre remplie d'eau fraîche pour laver leurs pieds, mais aucun d'eux ne fit mine de dénouer ses lanières de cuir.

— Reposez-vous ici, dit-il, tandis que je vais chercher de quoi fortifier vos pas. Vous ne passerez pas devant la tente de votre serviteur sans rompre le pain.

Il se glissa rapidement à l'intérieur de la cloison de lin. y préparait la farine d'orge, son regard attentif glissant à travers l'interstice de la toile pour observer les trois silhouettes immobiles sous le chêne.

— Hâte-toi, murmura-t-il, sa bouche s'entrouvrant deux fois avant que le mot ne sorte. Prends trois mesures de fleur de farine, pétris-les et cuis des galettes sur les pierres chaudes.

hocha la tête, ses mains s'activant déjà dans l'argile de la jatte. Tandis qu'elle retournait les galettes de farine d'orge sur les pierres brûlantes, courut vers le bas de la colline, là où les bêtes cherchaient l'ombre. Il choisit un veau gras et tendre dont le poil brillait encore, et le remit au jeune serviteur qui attendait sous le soleil. Le couteau de bronze brilla une fois.

Le serviteur creusa une fosse dans la terre dure, y rangeant des pierres calcaires qu'il chauffa à blanc avec du bois d'acacia. Une fois les braises prêtes, il y déposa la viande préparée pour la cuisson hanīdh. Les pierres chaudes grésillèrent sous la graisse du veau, dégageant une odeur riche de viande cuite qui monta vers le campement. Le trou fut recouvert de terre pour garder la chaleur et étouffer le feu.

Le veau rôti, doré sous son propre jus et fondant, fut disposé sur un grand plat de bois de cèdre. l'apporta lui-même, accompagné de lait caillé frais et de beurre tendre. À travers l'ouverture de la tente, se tenait debout dans l'ombre, les yeux fixés sur les hôtes.

posa le plat fumant devant les trois étrangers.

— Ne mangez-vous pas ? demanda-t-il.

Les étrangers regardèrent le plat, mais leurs bras restaient immobiles sur leurs genoux. La graisse qui perlait sur le rôti refroidissait lentement sous l'ombre du chêne, figée sur le bord du bois. Leurs poitrines demeuraient immobiles, sans qu'un souffle de faim ne les soulève.

regarda le plat. Ses mains posées sur ses cuisses reculèrent d'un pouce. Le vent chaud soulevait la cendre du foyer, mais sous l'ombre du chêne, la graisse du rôti commençait à blanchir et à se figer sur le bois de cèdre. Dans la plaine, le voyageur qui refuse la nourriture cache un couteau ou annonce une vengeance de sang. ne bougea plus, son souffle bloqué dans sa poitrine.

Les trois hommes levèrent les yeux vers lui.

— N'aie pas peur, , dit celui qui se tenait au milieu. Nous sommes les émissaires de ton Seigneur, envoyés vers le peuple de .

sentit la raideur quitter ses membres, mais ses yeux restèrent fixés sur leurs visages sans rides.

— Ne crains rien, ajouta le second. Nous venons t'annoncer la naissance d'un fils plein de savoir.

Derrière la cloison de laine de la tente, s'était avancée contre la toile, son oreille tendue vers le chuchotement du vent. Son visage stérile, marqué par quatre-vingt-dix années d'attente, se crispa sous le choc de la promesse.

— Nous t'annonçons , dirent les messagers, et après , Yaʿqūb.

Un rire sec, presque un gloussement, s'échappa de derrière la toile. sortit de la tente, le visage plissé. Sa paume droite frappa son front d'un coup sec.

— Malheur à moi ! s'écria-t-elle. Vais-je enfanter alors que je suis une vieille femme et que mon mari que voici est un vieillard ? C'est là une chose étonnante !

Le premier messager tourna son regard sans ombre vers elle.

— T'étonnes-tu de l'ordre d'Allah ? dit-il. Que la miséricorde d'Allah et Ses bénédictions soient sur vous, gens de la maison. Il est digne de louange et de glorification.

baissa les yeux. À travers la cloison de lin, son regard glisa vers son propre poignet gauche. La peau y était blanche, dépouillée du ruban de laine rouge qu'elle avait donné treize ans plus tôt pour sceller le départ.

Une feuille sèche du chêne de Mambré se détacha, tourna lentement dans le vent chaud, avant de retomber sur le plat de bois de cèdre où la viande restait intacte. Le silence revint sous le grand chêne de Mambré, tandis que le soleil commençait sa lente descente vers la mer salée.

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