Prologue · ~2000 av. J.-C.
Chapitre 2La Demeure dArgile et dOmbre
ProloguePrologue · L'Alliance d'Ibrahim AS
Chapitre 2

La Demeure dArgile et dOmbre

8 minVersion adulte~2000 av. J.-C.

retourna au sarb la nuit suivante.

La pierre était là. Elle la poussa. Elle descendit.

L'obscurité était la même. Le froid de l'argile montait dans ses doigts. Elle trouva le fond. Elle s'agenouilla. La main trouva le manteau.

Tiède.

Elle plongea la main dedans. Le corps bougea. Petit. Chaud. Le souffle court contre son poignet. Le cœur battait contre sa paume.

Elle le souleva. Elle le serra contre elle. Il ne pleurait pas. Un râle, presque un miaulement. La joue contre son front. Chaud.

Elle l'assit sur ses genoux. Elle ouvrit l'outre. Elle versa de l'eau sur le morceau de laine. Elle lava son visage. Ses yeux étaient fermés. Elle passa le laine sur ses paupières. Elles ne s'ouvrirent pas. Elle lava son corps. Le cordon tombait, noir, noué, sec.

Elle le sécha. Elle l'enveloppa dans le manteau. Elle le serra contre sa poitrine.

Il tressaillit. Sa bouche chercha. Elle posa le pouce contre ses lèvres.

Il le prit. Il suça.

Le pouce resta sec. Humide de salive. Rien d'autre.

Elle attendit. La fente du sarb laissait passer une lueur grise. Elle posa le bébé sur le sol. Elle remplit l'outre à la citerne du village. Elle la posa contre la paroi. Le morceau de laine propre à côté.

Elle se pencha. Ses lèvres frôlèrent l'oreille du bébé. Elle ne dit pas de mot.

Elle remonta. Elle poussa la pierre. Elle marcha.


Le canal avait baissé. Les roseaux étaient secs.

Elle retourna le lendemain soir. Le chemin était plus court. Les soldats ne patrouillaient pas deux nuits de suite au même endroit.

Elle descendit. Le sarb l'accueillit. L'obscurité était la même. L'odeur de terre mouillée. Le froid qui montait des parois. Elle s'agenouilla. Le manteau était là. Elle plongea la main dedans.

Le bébé dormait.

Elle le lava. Elle le changea. Elle posa le pouce contre sa bouche. Il suça.

Le picotlement vint. Faible. À la racine du pouce. Comme une piqûre d'abeille, mais douce.

Elle retira le doigt. Une goutte blanche perlait à la base de l'ongle. Elle toucha du bout des lèvres. Doux. Très doux. Comme du miel dilué. Comme du lait de chèvre frais.

Elle ne comprenait pas. Elle ne cherchait pas à comprendre.

Elle replaça le pouce. Il suça. Le picotlement revint, plus fort. Le flux passait sous la peau. Elle regardait son pouce dans l'obscurité, comme si elle pouvait le voir.

Elle ne le voyait pas. Elle le sentait.

Allah pourvoit à qui Il veut, par les chemins qu'Il choisit.

La pierre retrouva sa place. Les roseaux se refermèrent.


La terre était blanche, craquelée. Le soleil avait durci la vase. Ses pieds nus sur la poussière brûlante. Elle marchait plus vite pour ne pas senti la brûlure.

Elle descendit. Les genoux connaissaient la paroi. Les saillies sous les doigts. Elle n'avait plus besoin de compter.

Le bébé était éveillé.

Ses yeux étaient ouverts dans l'obscurité. Immobiles. Sans cligner. Ils ne la regardaient pas. Ils regardaient le noir, comme s'ils voyaient quelque chose qu'elle ne voyait pas.

Elle passa la main devant son visage. Ses yeux ne suivirent pas. Ils restaient fixés sur le noir. Elle retira sa main. Elle regarda le noir à son tour.

Elle ne vit rien. Juste du noir.

Elle posa le pouce contre sa bouche. Il le prit. Il suça. Mais ses yeux restaient ouverts. Ils regardaient le noir pendant qu'il suçait.

Le gris du matin entra dans le sarb quand elle partit.


Les roseaux qu'elle avait écartés la première nuit étaient morts. Des nouveaux poussaient à leur place, plus pâles, plus courts. Le canal avait baissé encore.

Elle descendit. L'obscurité était plus chaude. L'air ne circulait plus. L'odeur de terre avait changé. Plus sèche. Le dos ne protestait plus contre le froid de l'argile.

Il était assis contre la paroi, le dos à l'argile. Les jambes repliées devant lui. Les yeux ouverts. Il regardait la fente du sarb, là où la lumière grise entrait. La fente était plus large. Les roseaux dehors s'étaient desséchés, ils pendaient, ils laissaient passer plus de lumière. Un rectangle gris sur le sol de terre.

Elle s'immobilisa sur le dernier degré.

Il ne la regarda pas. Il regardait la lumière. Ses yeux étaient absorbés. La lumière les éclairait par intermittence, quand le vent agitait les roseaux. Elle voyait la lumière dedans. Le reflet du rectangle gris passait sur sa cornée.

Le manteau qu'elle avait apporté la première nuit ne passait plus que ses genoux. La dernière fois, elle l'avait plié en deux. Maintenant elle le pliait en quatre, et les pieds dépassaient encore.

Elle s'agenouilla. Elle posa la main sur son épaule. Chaud. Il ne se retourna pas. Il regardait la fente.

Elle posa le pouce contre sa bouche. Il le prit. Il suça. Mais ses yeux restaient ouverts. Ils regardaient la lumière.

Elle posa la main sur son épaule. Elle ne regarda plus ses yeux. Elle lui donna le pouce.

Elle remonta. Elle poussa la pierre.


Elle ne revint pas pendant longtemps.

Les matrones étaient revenues. Elles avaient frappé à la porte de sa mère. Elles avaient palpé. Elles avaient trouvé le ventre plat. Elles étaient parties.

Sa mère avait dit : "Tu es guérie."

n'avait pas répondu.

Elle attendit. Elle trouva la faille. Le troisième jour, les matrones ne revinrent pas. Le quatrième, les soldats passèrent par une autre ruelle. Le cinquième, la pluie tomba et personne ne sortit.

Elle descendit dans le sarb.

L'empreinte de son pied, là, dans la terre humide, s'était effacée. Une autre, plus large, avait pris sa place. Elle ne se souvenait pas de l'avoir faite.

Il était assis, le dos à la paroi. Il ne regardait pas la fente. Il regardait ses mains. Il les ouvrait. Il les fermait. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq.

Des doigts plus longs qu'elle ne se les rappelait.

Elle s'agenouilla. Elle posa la main sur son épaule. Il ne se retourna pas.

Elle posa le pouce contre sa bouche. Il le prit. Il suça. Mais ses yeux restaient sur ses mains. Il suçait et comptait.

Elle ne dit rien.

Elle remonta. L'argile resta sur sa paume.

Elle resta devant le sarb. Elle posa la main sur la pierre. Elle ne l'avait pas calée. Elle l'avait posée. Elle tenait. L'argile avait laissé une trace blanche sur sa paume. Elle la referma.

Elle marcha.


ne dormait pas.

Il était dans l'atelier, le dos au mur. Le bois inachevé était sur l'établi. Il ne le regardait pas. Il regardait la porte.

Un homme entra. Pas un soldat. Un prêtre du temple. Ses sandales étaient couvertes de poussière. Il tenait un rouleau d'argile. Il le posa sur l'établi sans demander la permission.

"Le roi veut une idole pour la fête du printemps."

ne répondit pas.

"Ta femme est à Hurmuzjard."

Ce n'était pas une question. C'était un constat. Le prêtre savait. Ou il devinait. Ou il testait.

prit le ciseau. Il posa la lame contre le bois. Le grain du cèdre était lisse sous son pouce.

"Elle est malade."

Le mensonge sortit sans qu'il l'ait préparé. Il l'entendit comme s'il venait d'un autre. Sa voix était stable. Ses doigts ne tremblaient pas. Le ciseau tenait.

Le prêtre le regarda. Longtemps. Puis il hocha la tête. Pas de compassion. Juste un calcul.

"La fête est dans deux lunes."

Il sortit. Ses sandales laissèrent des traces de poussière sur le seuil. les regarda. Il ne bougea pas pour les effacer.

Il reposa le ciseau. Il regarda le bois. Il ne se souvenait pas de ce qu'il sculptait. Un dieu. Un homme. Le bois ne disait rien.

Il regarda la porte. Personne ne venait. Le ciseau resta dans sa main.

Il ne savait pas pourquoi il pensait à elle. Il ne savait pas si elle dormait. Il ne savait pas si elle était seule. Il ne savait pas si l'enfant était là.

Il ne demandait pas.

Chapitre 2Prologue · L'Alliance d'Ibrahim AS-2000 EC

La Demeure dArgile et dOmbre

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