Prologue · ~2000 av. J.-C.
Chapitre 5La Nuit de la Montagne
ProloguePrologue · L'Alliance d'Ibrahim AS
Chapitre 5

La Nuit de la Montagne

10 minVersion adulte~2000 av. J.-C.

quitta la maison d' alors que la braise de la cour s'éteignait sous la cendre.

La porte de bois gratta contre la brique cuite. Le bruit fut court. s'arrêta sur le seuil. Dans la pièce sombre, le souffle d' était lourd, régulier, coupé parfois par le sifflement de sa gorge sèche. dormait près du métier à tisser, les bras repliés sur sa poitrine. Son bracelet de cuivre ne fit aucun son. attendit que le silence revienne, puis il franchit le seuil.

Les ruelles de Hurmuzjard étaient vides. La poussière de la journée était retombée, froide sous la plante de ses pieds nus. Une odeur de bitume brûlé et de graisse de mouton flottait entre les murs gris. marchait le long des cubes de terre. Parfois, un chien remuait dans un coin d'ombre, reniflait l'air, puis se recouchait dans la poussière. ne le regardait pas. Il laissait le village derrière lui.

Le sentier du canal était étroit. L'eau ne brillait pas ; elle était une bande noire qui glissait entre les roseaux. s'éloigna du courant. Il prit la direction du nord, là où la plaine de Shinar cessait d'être plate, là où les premières pentes de calcaire s'élevaient au-dessus de la vase des marais.

Il marcha deux heures.

La terre molle devint dure. Les cailloux gris remplacèrent la boue séchée. Le calcaire était rugueux, coupant par endroits. sentait chaque arête sous sa peau, chaque fissure de la roche qui montait vers la crête. Ses jambes se réchauffaient sous l'effort. Sa tunique de laine brute lui grattait le cou, humide de sueur. Il s'arrêta à mi-pente pour reprendre son souffle.

Au sud, la plaine s'étendait sous la nuit. La ziggourat d'Ur s'élevait au loin, une montagne carrée de briques noires qui bloquait les étoiles. Sur la troisième terrasse, les prêtres avaient allumé les feux rituels. Les flammes orange étaient de petits points fixes, immobiles dans l'immensité sombre. La ville dormait sous l'ombre du grand temple.

monta encore.

Il atteignit la crête. La colline était chauve, balayée par un vent sec qui sentait le sel et la pierre brûlée. Il n'y avait pas d'arbres, seulement des touffes d'épines grises qui sifflaient quand les rafales passaient. s'assit sur une dalle de calcaire plate. La pierre avait gardé la chaleur du soleil de la journée, mais le vent la refroidissait déjà. Il posa ses mains sur ses genoux.

Il était seul.


Le ciel violet du crépuscule s'était éteint. Le noir occupait tout l'espace au-dessus de lui.

Une lueur apparut à l'est, basse sur l'horizon. Elle était unique. Les autres étoiles n'étaient pas encore visibles dans le ciel encore sombre. Cette lumière était blanche, intense, projetant sur la dalle de calcaire la silhouette fine et allongée de la main d'. Elle brillait sans clignoter, comme un œil ouvert dans le vide.

la regarda. Elle semblait régner sur la nuit naissante. Son éclat effaçait la noirceur du ciel autour d'elle.

Voilà mon Seigneur.

La pensée vint sans bruit. ne bougea pas. Ses doigts serrèrent la laine brute de sa tunique. Le froid de la nuit mésopotamienne commençait à pénétrer le tissu, engourdissant ses épaules. Il regarda l'astre.

Les heures passèrent.

L'étoile ne restait pas immobile. Elle glissait lentement vers l'ouest. Elle suivait une courbe régulière, immuable, indifférente au vent qui soufflait sur la colline. la suivait des yeux. Elle descendit vers la crête de la montagne lointaine. La lumière blanche frôla le calcaire de l'horizon, puis, en quelques instants, la roche sombre l'engloutit. Le ciel redevint entièrement noir à cet endroit.

regarda le vide laissé par l'étoile. Ses doigts se desserrèrent sur son genou.

Ce qui disparaît ne peut pas rester auprès des hommes.

Celui qui s'en va ne peut pas entendre ceux qui l'appellent.

La pierre sous ses cuisses était devenue froide.


La nuit devint plus profonde. Les étoiles se multiplièrent, des milliers de points fins et immobiles, jetés comme de la sciure blanche sur la table de l'atelier. Le vent sur la crête devint plus fort, pliant les épines sèches contre le sol.

Puis, une clarté plus large monta derrière la masse noire de la ziggourat d'Ur.

La Lune apparut.

Le croissant était blanc, tranchant comme une lame de bronze polie. La lumière se répandit sur la plaine, transformant l'argile noire en une surface grise et froide. Les collines de calcaire prirent des reflets d'argent.

regarda le croissant. Il pensa à l'atelier de son père , aux yeux de lapis-lazuli qu'il glissait dans les orbites de bois, à la graisse de mouton que les prêtres étalaient sur les flancs des statues pour les faire briller. Les hommes de la ville s'inclineraient au matin devant ces mêmes formes.

leva sa main droite. Son pouce pressa son index, serré, rappelant le geste de la cave, le lait frais et le goût du miel sur son doigt alors que la mort l'attendait dehors. Il regarda le croissant blanc qui montait au-dessus du temple.

Voilà mon Seigneur.

La Lune grimpa dans le ciel. Elle devint plus petite, plus haute, plus blanche. Les ombres des rochers sur la colline s'allongèrent vers l'est, tournèrent lentement sur la terre pierreuse, puis commencèrent à rétrécir. observait ce mouvement muet. L'astre d'argent suivait une route tracée, un sentier invisible qu'il ne pouvait pas quitter.

Le milieu de la nuit passa.

La Lune commença sa descente vers l'ouest. Sa lumière devint jaune, plus faible. Elle glissa vers la brume grise qui montait des grands marais. La brume l'enveloppa d'un voile pâle, puis le croissant s'enfonça sous l'horizon liquide. La nuit retomba sur la plaine, plus noire, plus froide. Les feux de la ziggourat n'étaient plus que des cendres rouges au loin.

regarda le marais où le croissant s'était noyé.

Les hommes veillent pour elle. Pourtant elle aussi s'en va.

Si mon Seigneur ne me guide pas, je serai certes du nombre des gens égarés.

Il resta assis dans l'obscurité, les yeux ouverts, attendant le retour de la lumière.


L'est commença à blanchir. Le gris de l'aube effaça les étoiles les plus faibles, puis les plus brillantes. Le vent continuait de siffler dans les épines. Les doigts d' étaient raides. Ses lèvres étaient gercées par le sel du vent.

Le ciel devint rouge, puis orange.

Le Soleil surgit.

Le premier rayon frappa le sommet de la colline, rose sur le calcaire gris. Puis la sphère immense monta, aveuglante, rouge comme une forge ouverte. La chaleur frappa le visage d'. Le vent reprit aussitôt, poussant la brume matinale hors des canaux et des champs d'orge. La plaine entière apparut, les cubes de briques de Hurmuzjard, les canaux argentés qui coupaient la terre, les roseaux verts au sud. Tout était éclairé, réchauffé, visible.

dut plisser les paupières. La clarté était trop forte.

Il se leva. Ses muscles étaient douloureux, engourdis par les heures de veille. Il resta debout sur la dalle de calcaire, face à la lumière rouge qui montait.

Voilà mon Seigneur. Celui-ci est plus grand.

La matinée passa. Le soleil monta au zénith, devenant blanc, brûlant. La poussière de la plaine s'éleva sous la chaleur, troublant l'horizon. ne quitta pas la crête. Il n'avait pas de pain. Il n'avait pas d'eau. Sa gorge était sèche, serrée comme de l'argile cuite. Son estomac criait sa faim, une douleur sourde sous ses côtes, mais il ne s'abrita pas sous l'ombre rare des rochers.

La chaleur frappait la dalle de calcaire. La pierre brûlait sous ses pieds nus. se déplaça d'un pied sur l'autre. La sueur coulait dans son dos, sous la laine brute. Il regarda ses mains. La peau de ses paumes était sèche, tendue, marquée par les crevasses du calcaire où il s'était appuyé dans la nuit. Dans les plis de ses doigts, la poudre bleue du lapis-lazuli d'hier brillait encore sous la lumière blanche — la même poudre qui colorait les yeux des idoles de son père.

Il regarda la plaine en bas. Les canaux argentés du matin étaient devenus des traits de feu. Les cubes de briques de Hurmuzjard étaient blancs, aveuglants. Les roseaux du marais ne bougeaient plus. Tout était immobile sous la lumière verticale.

leva les yeux vers le disque blanc. Il ne put le regarder longtemps. Ses yeux brûlaient. Il baissa la tête, attendit, puis releva les yeux.

Le disque ne s'arrêtait pas.

Le soleil commença à descendre vers l'ouest. Sa course était la même que celle de la lune et de l'étoile. Il ne décidait de rien. Il obéissait à la route.

L'après-midi s'étira. La lumière devint jaune, puis oblique. Les ombres des collines s'allongèrent sur la plaine comme de longs doigts noirs. Le disque solaire toucha l'horizon à l'ouest, devint rouge, puis s'enfonça lentement dans la poussière du désert.

Le dernier rayon s'éteignit. Le froid revint immédiatement sur la pierre de la montagne. Le ciel devint violet, puis noir.

regarda la cendre rouge qui restait à l'ouest.

Même le plus grand obéit.

Il se tourna vers le sud, vers la ziggourat d'Ur qui redevenait une silhouette noire sans vie. Il ouvrit les paumes vers le ciel vide.

Ô mon peuple, je désavoue ce que vous associez.

Ses paumes restèrent ouvertes. Le vent de la plaine souffla dedans. La poussière s'y déposa, fine, froide. Il dut les refermer.


La nuit était revenue, semblable à la première.

Le vent de la nuit continuait de souffler sur la crête. Les herbes sèches s'agitaient dans l'obscurité.

Ses genoux cédèrent.

Le calcaire lui entra dans les genoux avant qu'il ne l'ait voulu.

Ses paumes frappèrent la roche froide. Son front toucha la poussière grise de la montagne. Le nez dans la terre, sentant l'odeur de la pierre morte et du vent froid, il murmura :

— Je me soumets au Seigneur des mondes.

Son front resta sur la pierre. La poussière sentait le sel.

Ainsi Allah avait-Il montré à Son serviteur le royaume — afin qu'il fût de ceux qui croient avec certitude.

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